MARINA VANDRA

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Avant-propos du catalogue édité à l’occasion de l’exposition personnelle Ricochets (2018)

Ghizlaine Jahidi, directrice de la Galerie Jahidi

 

Ce catalogue, édité à l’occasion de la troisième exposition individuelle de Marina Vandra, réunit

pour la première fois une sélection des plus importants monotypes, lithographies, aquatiques

- mais également acryliques - réalisés par l’artiste entre 2016 et 2018. Il donne, en outre,

un aperçu de ses installations, essentiel à la compréhension de son oeuvre imprimé.

 

Marina Vandra s’est initiée à la gravure en 2012, après un détour, bref mais néanmoins décisif,

par la scénographie. Le paysage, et tout ce qui a trait à sa construction et à sa perception,

n’ont jamais cessé d’être au coeur de ses préoccupations esthétiques. Estampe et espace y forment,

pour ainsi dire, un tout indissociable. L’expérience d’un lieu et sa traduction plastique,

nécessairement colorée par le regard rétrospectif, sous-tendent la production de ses estampes récentes.

Celles-ci tentent, comme elle le dit elle-même, de restituer des « espaces mentaux », autant qu’expérimentaux.

 

Cette ambition formelle passe, entre autres, par une approche coloriste de l’estampe : depuis 2017,

la graveuse travaille ses cuivres à l’aquatinte pure et brosse de larges monotypes polychromes.

Par le jeu vibrant des surimpressions colorées, par l’abandon du trait gravé au profit des aplats fluides

de l’aquatinte dont elle marie les ombres profondes aux gris légers, l’artiste cherche à traduire les effets

poétiques de la mémoire sur la fabrique du paysage. Le fin et le flou, le proche et le lointain, l’opacité

et la transparence, l’apesanteur et la gravité, se fondent et se télescopent dans une verticalité mouvante.

 

Ces « paysages-souvenirs », aux tailles imposantes, font par ailleurs l’objet de mises scènes immersives.

L’artiste conçoit des installations dans lesquelles les estampes tapissent les murs, jonchent le sol où elles

côtoient des sculptures biomorphes en plâtre et en céramique, faisant ainsi émerger un lieu autre,

une utopie personnelle rendue tangible.

 

Ses motifs de prédilection - cailloux et rochers, arbres dépouillés, maisons fantomatiques - inlassablement

déclinés et réduits à leur simple expression, semblent perçus à travers le prisme d’une eau dormante.

Les estampes de Marina Vandra décrivent un monde flottant, dénué de cohérence topographique,

sinon de celle des songes dont elles esquissent les contours équivoques.

 

 

 

Texte édité à l’occasion de l’exposition personnelle Suggérer des échos

EMA Boulogne-sur-mer (2022)

Julie Brianti, Médiatrice culturelle de l’EMA

 

Marina Vandra est une artiste qui évolue entre peinture et gravure. Dans son travail, elle convoque

plusieurs registres d’images : celles qui créent un espace et celles qui décorent celui existant.

Avec vitalité, elle interroge ainsi, au-delà de l’image et de notre perception, le lieu intime où notre

regard nous porte.

 

Elle nous propose ici un vaste panorama pictural aux surfaces colorées, qui se déroule comme

une sorte de boucle visuelle. Les peintures ont ceci de particulier qu’elles se construisent pleinement

avec la surface murale, dans l’architecture spécifique du lieu et en écho à ses dynamiques formelles.

Le programme iconographique articule des motifs mouvants aux résonnances naturalistes à des plans

monochromes. Les découpes franches, elles, se jouent des cadrages asymétriques.

 

L’oeil glisse alors d’une couleur à une forme, d’une surface à une ligne, d’un cadre à un pan d’architecture,

d’une impression à une observation, du dedans au dehors. Evoluant d’une paroi à une autre, on se compose

un récit muet, qui s’écrit entre continuités et ruptures, certitudes et absences, comme un écho intime

de notre présence.

 

 

 

Texte rédigé à l'occasion de l'exposition Mue(s), 2022

Marina Vandra

 

Comment mouvementer l'immobile,

Rendre familier l'inconnu,

Surprenant le prévisible,

Organique le mathématique,

Multiple l'identité ?

 

Se conforter dans le non-choix,

Parler avec des mots chimériques,

Convoquer les objets désirs des autres,

Se retirer.

Un langage sans contraste.

 

Les Nabis,

Une envie de chaleur au creux de l'hiver,

L'ombre d'un rideau capturé dans Breaking the Waves,

La rencontre d'un câble avec un pli de ma jupe,

Un détail de Fixed Sky Situation de Helen Marten.

 

Tenter une neutralité

Par une juxtaposition de chuchotements.

La mise en place d'une entité accueillante,

Bienveillante,

Libérée de jugements.

 

Et si la peinture n'est pas au rendez-vous,

Alors le décor le sera peut-être.